
Dans notre société actuelle, l'image d'un corps musclé fait souvent l'objet d'interrogations, de critiques, de curiosité, voire de fascination...
Concernant la relation existante entre la masse musculaire générale et la performance sportive, il existe un éventail très large de possibilités qu'il convient de détailler davantage afin de ne pas sombrer dans les idées reçues et autres à-priori.
Du culturiste qui recherche l'hypertrophie musculaire la plus extrême, au coureur de fond qui considère le muscle comme un « lest » donc un frein à la performance, il est temps de faire un petit état des lieux sur ce sujet toujours d'actualité et en constante évolution...
Du stapédius de quelques millimètres au sartorius (couturier) de plusieurs dizaines de centimètres, les muscles (plus de 600 dans le corps humain) permettent la mobilité des segments osseux, le déplacement du corps dans l'espace et dans le temps à des rythmes et des intensités de contraction directement commandés par notre cerveau.
Comme il n'existe pas qu'un type de performance mais bien un panel de performances sportives réalisables en fonction du type de sollicitation musculaire (endurance, explosivité, force, résistance...), il convient de détailler un peu plus l'importance de la place de la masse musculaire en fonction du type d'activité...
Masse musculaire et sports « nerveux »
J'entends par sports « nerveux » l'ensemble des activités sportives ne s'inscrivant pas dans la durée avec production d'effort supra-maximale (haltérophilie, triple saut, sprint court). Dans ce type de sport, la masse musculaire est un atout qu'il convient de développer à bon escient. Le muscle sera travaillé selon des procédés qui permettent un développement essentiellement « structural » et à des intensités maximales permettant un développement extrême de la force puis de ses composantes logiques, à savoir la puissance, l'explosivité, la vélocité... qui seront plus ou moins exploitées en fonction du sport pratiqué.
Visuellement, le physique « type » du sprinteur (avec des nuances) est généralement associé à ce type d'activité (musculeux, « fibreux », rapide, réactif, puissant...)
Masse musculaire et sports à « efforts intermittents »
J'entends par « efforts intermittents », la succession de phases d'efforts intenses puis de repos relatifs (sports de combat, sports collectifs).
Ici, la masse musculaire doit aussi être considérée comme un atout selon le poste occupé (sports collectifs surtout) ou la catégorie de poids adoptée par le sportif. Le travail effectué à l'entraînement étant essentiellement « capacitaire », mais dans un registre de « capacité à haute puissance », une hypertrophie générale est souvent constatée (qui touche à la fois la structure même du muscle mais aussi son entourage). Cette hypertrophie est dite « fonctionnelle » car elle optimise la pratique sportive et la performance générale. Cette notion du muscle « utile » à la performance est assez contemporaine et constitue une petite « révolution » en ce sens où le muscle a trop souvent été considéré comme un frein à la performance en l'associant au phénomène « gonflette », considération injustifiée et incohérente avec la pratique sportive moderne constatée dans la plupart des sports collectifs par exemple.
Masse musculaire et sports d'endurance
Voici l'exemple même de la parfaite adaptation des entraîneurs actuels quant à leur approche de la musculation sportive et des différentes adaptations attendues à sa pratique. Inenvisageable il y à encore quelques années (exception faite au travail de gainage), le travail de la force (à dose adaptée) est désormais pratique courante en ce sens où elle optimise la qualité des appuis et des transferts de force (du tronc vers les membres). Ce travail de force, même à dose « homéopathique » est associé à une certaine prise de masse dont on sait qu'elle ne nuit en rien à la performance. Evidemment, la pratique de procédés ne favorisant que très peu l'hypertrophie musculaire seront utilisés prioritairement (force maximale à petite dose, pliométrie, stato-dynamique) afin de ne pas gêner l'athlète dans sa pratique sportive.
Le Cross-Training... Le meilleur compromis entre masse musculaire et performance ?
En 2011, il est désormais acquis que la masse musculaire ne peut être qu'un plus à la réalisation de toute performance à condition que sa recherche soit cohérente et adaptée aux exigences de la discipline. Hormis le culturisme qui s'inscrit dans une logique de « masse pour la masse » pas forcément « utile », tous les sportifs ont intérêt à travailler leur musculature à des intensités et formes de travail bien spécifiques pour être les plus performants possibles. A ce titre, la pratique du Cross-Training (entraînement croisé des qualités physiques et des activités sportives au sein d'une même séance), activité sportive très en vogue actuellement pour son côté ludique et « intense » prouve que l'on peut être tout à la fois « musculeux », athlétique, puissant et endurant, et ce, dans des registres proches du haut niveau dans toutes ces qualités physiques... Mais ceci fera sans doute l'objet d'une prochaine publication !

Sur cette photo, Ingall, pratiquant de Judo et MMA en pleine séance de Cross-Training. Un athlète « musculeux » mais également endurant et « vif »... A bas les idées reçues !
Crédit photo 2 : Lénaïck Botrel

Christophe Pourcelot
Préparateur physique & instructeur Police Nationale
Co-auteur de la méthode "IMPACT" (Ed. Amphora, 2011)
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